30 mars 2009

Réincarnation

C.,

Sur l’angle aigü de ma plume, l’encre tremble un peu. Cela fait si longtemps qu’on pourrait croire que rien n'a jamais existé. Et pourtant j’entends, aussi distinctement que si tu te tenais à mes côtés, dans l’affectueux silence qui respecte le mien, les pensées que tu m’adresses et qui me portent.

Sur mon bureau, les feuillets se sont accumulés sans rien me révéler des faits menus et grands que tu y as couchés, je sais déjà, et je m'en attriste irrémédiablement, que j'y découvrirais des moments plus difficiles, des heures où j'aurais pu et dû être là autrement qu’en fantôme sans substance. Je le sais, je le regrette (puisqu'il n’existe pas de verbe pour le remords) et je ne puis m’en excuser, n’est-ce pas. Voilà encore une de ces petites trahisons quotidiennes, blessures involontaires aux autres infligées et avec lesquelles il faut vivre puisqu'on ne peut les effacer.

Je sors de ces mois comme d’une retraite mystique, juste un peu déséquilibrée comme un reclus qui retrouve la lumière. J'ai pourtant beaucoup avancé, je crois, sur un chemin semé d’embûches multiples bien que prévisibles.

La petite console avec son plateau d’argent, celle que tu te plaisais à imaginer, a disparu de l’entrée. La maison bouge et son décor infini s’ébroue dans la nouvelle lumière du printemps. Je continue pourtant d’espérer y voir la blancheur d’une enveloppe portant ton écriture, petite main osant se tendre vers la mienne par-delà les turbulences. Ce soir, enfin, à l'heure où la maisonnée s’est déjà endormie alors que je finis à peine une interminable relecture, je suis venue frapper à ta porte, celle qui était ouverte il n'y a pas si longtemps. Je l'ai trouvée close. Cela devait arriver et me voilà toute penaude, encombrée de cette main levée dont je ne sais plus que faire.

Alors, sous la porte, ou dans la fente petite petite où se glissera bien pourtant ma pénitente amitié, je te souffle tout bas que je suis toujours là.

v.

Posté par lunemalo à 23:28 - - Commentaires [12] - Permalien [#]


Commentaires sur Réincarnation

    Une lettre qui mérite bien une clef, n'est-ce pas C. ?

    Posté par telle, 31 mars 2009 à 10:49 | | Répondre
  • te relire ici je n'y croyais plus....mais la plume même silencieuse un moment n'a rien perdu de sa verve.

    Posté par Silo, 31 mars 2009 à 11:41 | | Répondre
  • et si tu lui demandais en vrai? Mais une promesse faite à ma fille et du retard pris dans les invitations m'empêche d'en dire plus.

    Posté par marion, 01 avril 2009 à 23:20 | | Répondre
  • Quel beau geste je cueille ici, ce soir, poussée gentiment par celle qui a partagé un peu de mes minutes d'aujourd'hui, ta précédente destinataire... Je n'osais plus venir, je n'osais plus te dire... et j'espérais te lire, jusqu'au jour où un geste aux origines un peu suicidaires m'a poussée à sceller, définitivement... Je suis touchée, émue même... Je t'envoie un radeau pour rejoindre mon île... Et je rejoins les mots de Silo pour saluer les tiens...

    Posté par Cécile, 03 avril 2009 à 22:13 | | Répondre
  • Et j'ai oublié un détail, de taille à fixer sur l'horloge des coïncidences : ta lettre date du jour d'anniversaire d'Ondine...

    Posté par Cécile, 04 avril 2009 à 21:56 | | Répondre
  • Je repassais par ici presque par hasard... et comme Silo, je retrouve intact le plaisir de lire tes mots, même s'ils ne me sont pas adressés... Je vois que ta destinatrice a retrouvé elle aussi ton chemin...
    Mais je voulais te dire que cette lterre m'avait fait penser à un poème de André Breton... je ne sais si tu le connais. Il s'appelle "Dernière levée". En voici les derniers vers :
    "La lettre que j'attends sera de la couleur des voiliers éteints
    Mais les nouvelles qu'elle m'apportera leurs formes de rosée
    Je retrouverai dans ces formes tout ce que j'ai perdu
    Ces lumières qui bercent les choses irréelles
    Ces animaux dont les métamorphoses m'ont fait une raison
    Ces pierres que je croyais lancées pour me dépister moi-même
    Qu'elle est de petite dimension cette lettre que j'attends
    Pourvu qu'elle ne s'égare pas parmi les grains de poison."

    Posté par Line, 07 avril 2009 à 14:19 | | Répondre
  • Comme les autres, heureuse de revoir ta plume.

    L'amitié, même si elle n'est pas toujours ardente, conserve toujours quelques braises, il faut juste prendre le temps de la raviver. Et je crois que le feu a repris.

    On ets toujour un peu penaud dans ses cas-là, mais ce qui est à partager est tellement cher, qu'on passe outre l'embarras...

    Posté par PetiteDemoisëlle, 25 avril 2009 à 16:06 | | Répondre
  • contente de te retrouver, je passais par hasard... J'ai bien fait de pousser la porte !

    Posté par cris, 08 mai 2009 à 22:46 | | Répondre
  • Je redécouvre les mots de Marion... et je souris...

    Posté par Cécile, 22 juillet 2009 à 10:12 | | Répondre
  • Maigrir

    Merci!

    Posté par Maigrir, 27 janvier 2010 à 14:33 | | Répondre
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