30 mars 2009
Réincarnation
C.,
Sur l’angle aigü de ma plume, l’encre tremble un peu. Cela fait si longtemps qu’on pourrait croire que rien n'a jamais existé. Et pourtant j’entends, aussi distinctement que si tu te tenais à mes côtés, dans l’affectueux silence qui respecte le mien, les pensées que tu m’adresses et qui me portent.
Sur mon bureau, les feuillets se sont accumulés sans rien me révéler des faits menus et grands que tu y as couchés, je sais déjà, et je m'en attriste irrémédiablement, que j'y découvrirais des moments plus difficiles, des heures où j'aurais pu et dû être là autrement qu’en fantôme sans substance. Je le sais, je le regrette (puisqu'il n’existe pas de verbe pour le remords) et je ne puis m’en excuser, n’est-ce pas. Voilà encore une de ces petites trahisons quotidiennes, blessures involontaires aux autres infligées et avec lesquelles il faut vivre puisqu'on ne peut les effacer.
Je sors de ces mois comme d’une retraite mystique, juste un peu déséquilibrée comme un reclus qui retrouve la lumière. J'ai pourtant beaucoup avancé, je crois, sur un chemin semé d’embûches multiples bien que prévisibles.
La petite console avec son plateau d’argent, celle que tu te plaisais à imaginer, a disparu de l’entrée. La maison bouge et son décor infini s’ébroue dans la nouvelle lumière du printemps. Je continue pourtant d’espérer y voir la blancheur d’une enveloppe portant ton écriture, petite main osant se tendre vers la mienne par-delà les turbulences. Ce soir, enfin, à l'heure où la maisonnée s’est déjà endormie alors que je finis à peine une interminable relecture, je suis venue frapper à ta porte, celle qui était ouverte il n'y a pas si longtemps. Je l'ai trouvée close. Cela devait arriver et me voilà toute penaude, encombrée de cette main levée dont je ne sais plus que faire.
Alors, sous la porte, ou dans la fente petite petite où se glissera bien pourtant ma pénitente amitié, je te souffle tout bas que je suis toujours là.
v.


