17 mars 2008
Conte de fée
Chère Bonne fée,
Une semaine s'est écoulée, déjà, depuis que tes généreux présents sont arrivés dans notre maisonnée, venant marquer d'un sens particulier l'adoption de Mademoiselle H. Te voici donc devenue sa marraine lointaine et un peu mystérieuse, par une espèce de logique qui me laisse rêveuse. Ces semaines auront été bien riches et je m'étonne encore de la chance particulière qui m'est échue, dans l'un et l'autre sens. Durant ces jours de préparation fébrile, je n'ai que rarement pensé à ma fée des merveilles, tout entière à ma propre application. Puis au fil des choses entrevues çà et là, des secrets à demi dévoilés, de l'ombre d'une couleur aimée ou d'une boucle de ruban, je me suis prise à rêver. Point d'impatience excessive pourtant, je savourais d'avance le plaisir qu'il y aurait à tenir enfin dans nos mains le paquet patiemment préparé dans une maison inconnue. Comment te décrire alors mon premier sentiment lorsque je l'ai vu ? Un coup d'œil m'a suffi pour savoir. Toute dignité proprement remisée, j'ai poussé un vrai cri de joie qui a rassemblé autour de moi tous les membres de la famille et fait fuir le chat miaulant de désapprobation.
Après un déballage soigneux (surtout, ne pas abîmer le dessin que je conserverai comme maints autres petits trésors), voici enfin la boîte comme une charmante vitrine, et sous le couvercle transparent ce qui m'a semblé, dans l'émotion, un tourbillon de tons aimés et de cette folie florale que j'avais évoquée. Tu m'as dit fort gentiment avoir été inspirée par mes indications et je peux te dire à mon tour que j'apprécie à sa juste mesure la traduction que tu en as faite. Comment te dire ? Tout m'a enchantée, c'est fort simple. J'ai beau regarder et regarder encore, retourner les minuscules vêtements, caresser les étoffes et la laine si douce, essayer diverses combinaisons en me croyant rue de Grenelle et admirer une fois de plus la délicatesse des points, je ne saurais que choisir s'il fallait ne garder qu'une chose. Dieu merci personne ne me le demande et je peux jouer à la poupée en toute bonne conscience puisque, n'est-ce pas, L. n'est pas encore bien habile avec les petits boutons… Je tiens là une fort belle excuse et je défie quiconque suggèrerait, l'air goguenard, que je m'amuse autant qu'elle. J'ai alors l'œil transparent et le nez en l'air qui coupent court à toute tentative. Ma technique ne trompe personne, bien sûr, et les messieurs de la maison sourient d'un air entendu en se détournant, nous laissant L. et moi à nos affaires de filles. Je ne m'en plaindrai certes pas, lorsque les affaires en question sont de cet acabit…
Ce samedi, j'ai serré l'indispensable dans la ravissante pochette qui est allée rejoindre chaussons et cache-cœur dans le sac qui m'accompagne à la danse. J'ai grandi auprès d'une mère, fort douée elle-même, qui valorisait en tout domaine le patient travail des mains et m'a transmis cet amour du manuel. Tu comprendras mieux, peut-être, le plaisir que j'ai à m'accompagner au quotidien d'objets ainsi réalisés plutôt que manufacturés. Plus qu'un plaisir c'est une nécessité, et cela explique probablement pourquoi je chéris autant les trésors de linge ancien que je découvre au gré du temps. Je ne suis pas pour autant atteinte d'un délire de sauvegarde : ce que j'aime je l'utilise, malgré les risques, et rien ne me fait plus plaisir que de voir ma fille vêtue d'une robe qui a deux fois mon âge ou de retrouver au hasard d'une armoire la brassière tricotée par des mains amies. Ta petite boîte est ainsi allée rejoindre sur la table de la lingerie ce qu'on pourrait prendre pour un joyeux fatras, et dont j'aime pourtant chaque élément, si modeste qu'il soit. J'aime à y poser les yeux et j'ai beau faire, je ne peux que conserver ces œuvres plus ou moins éphémères qui structurent mon univers.
Voilà donc le touchant cadeau d'une fée du printemps, quelques étoffes, un peu de laine et de papier, de la générosité et un souffle de grâce qui me font dire, une fois de plus, que le hasard m'a singulièrement privilégiée…
Les légendes du temps jadis, celles qui commencent par « Il était une fois… », racontent souvent la naissance de quelque princesse bonne et charmante. Sont-ce bien des légendes après tout ? Il est permis d'en douter… Il advient parfois qu'une sorte de concile de fées se tienne autour d'un berceau, faisant pleuvoir sur l'enfançon des talents merveilleux comme autant de bénédictions.
Je t'embrasse,
V.


